CANADA - Vie culturelle

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CANADA - Vie culturelle
CANADA - Vie culturelle

En deux langues, la littĂ©rature canadienne exprime l’ñme d’un peuple. Les textes français antĂ©rieurs Ă  1760 sont pour l’essentiel des rĂ©cits de voyage et constituent une «prĂ©littĂ©rature». Ce n’est qu’aprĂšs les guerres de la conquĂȘte que les Canadiens français, coupĂ©s de leurs Ă©lites, obligĂ©s de s’adapter pour ne pas pĂ©rir, doivent se dĂ©fendre par la parole ou l’écrit. Journalistes et orateurs parlementaires produisent une littĂ©rature de combat.

Au siĂšcle dernier, la poĂ©sie se cantonne soit dans l’exaltation de la patrie, soit dans des imitations de la poĂ©sie française. Les premiers romans, idylliques et moralisateurs, empruntent souvent la forme de MĂ©moires ou de rĂ©cits Ă©pistolaires. Leur documentation rĂ©duite, leur partialitĂ© et leur absence de mĂ©thode font des diverses «histoires du Canada» plutĂŽt de simples chroniques. Le mouvement des idĂ©es est dominĂ© par un nationalisme revendicateur, qui se traduit surtout par des efforts pour le maintien de la langue française. Cependant, plusieurs essayistes sont des critiques lucides et acerbes de la sociĂ©tĂ© bourgeoise du XIXe siĂšcle.

Depuis dix ans Ă  peine, il existe un ensemble d’études qui permet une analyse systĂ©matique de la littĂ©rature canadienne-anglaise. Elles semblent dominĂ©es par le souci de considĂ©rer cette jeune littĂ©rature, non plus selon les normes d’une esthĂ©tique traditionnelle, mais en fonction de son apport original Ă  la culture nationale. On cherche donc moins Ă  comparer les Ɠuvres indigĂšnes avec les chefs-d’Ɠuvre de la littĂ©rature anglaise ou amĂ©ricaine qu’à suivre la marche d’une expĂ©rience spĂ©cifiquement canadienne.

La vie musicale canadienne est celle d’un pays-continent. Seuls les moyens modernes de communication ont pu le ramener Ă  une Ă©chelle humaine. La musique y connaĂźt un nouvel essor grĂące Ă  des Ă©changes artistiques de plus en plus intenses entre les provinces.

L’histoire des arts plastiques au Canada comprend plusieurs Ă©tapes. D’abord l’Église favorise la sculpture et l’architecture. On rencontre ensuite une «époque» du portrait qui durera jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle. Les artistes d’origine britannique seront surtout des peintres paysagistes. Depuis le milieu du XXe siĂšcle, on assiste Ă  un surprenant renouveau dans tous les domaines des arts plastiques.

1. Littérature de langue française

La poésie

Au moment oĂč, en France, le romantisme subit un net dĂ©clin, il connaĂźt, sur l’autre rive de l’Atlantique, une Ă©trange survie, avec un retard d’au moins une gĂ©nĂ©ration. Le chef du mouvement est Octave CrĂ©mazie (1827-1879), qui traduit la voix de son peuple Ă  l’aube de sa renaissance, se faisant l’interprĂšte de ses regrets, de ses espoirs, de sa nostalgie des couleurs françaises. Il s’émeut des mƓurs rudimentaires des paysans et affirme son attachement aux valeurs religieuses. Plus prolifique, Louis FrĂ©chette (1839-1908) a voulu, avec La LĂ©gende d’un peuple , doter ses compatriotes d’une Ă©popĂ©e faisant revivre les nobles gestes et les hautes figures des ancĂȘtres. William Chapman (Feuilles d’érable , Fleurs de givre ) est portĂ© Ă  la grandiloquence; Pamphile Lemay (Les Gouttelettes ) est un poĂšte spontanĂ© et mĂ©lancolique, Alfred Garneau, un artiste raffinĂ©, NĂ©rĂ©e Beauchemin (Floraisons matutinales , Patrie intime ), un parfait artisan du vers.

Avec le siĂšcle naĂźt un courant nouveau. Des poĂštes d’une culture plus vivante, d’un goĂ»t plus affinĂ©, se refusent Ă  chanter les gloires gĂ©melles de Dieu et de la patrie. Ils ont dĂ©couvert d’autres sources d’inspiration et entendent accueillir l’humain, tout l’humain. Ils rĂȘvent d’une forme plus souple, recherchent des innovations stylistiques, imaginent ce qu’ils n’ont pu expĂ©rimenter.

Le chef de cette plĂ©iade est, sans aucun doute, Émile Nelligan (1879-1941). DĂšs l’enfance, il s’enfonce dans une tristesse morbide, et la pensĂ©e de la mort hante ses poĂšmes. Inlassablement il rĂ©pĂšte son dĂ©senchantement, son refus dĂ©sespĂ©rĂ© de la vie. Rompant avec les thĂšmes du terroir, Nelligan libĂšre la poĂ©sie canadienne et lui ouvre la voie du XXe siĂšcle. Il se tait avant d’atteindre vingt ans.

Albert Lozeau (1878-1924) est lui aussi un homme blessĂ© et, de sa rĂ©signation, naĂźt un art intimiste. La nature l’émeut, qu’il ne connaĂźt que par l’imagination, et la «bonne souffrance» acquiert dans ses vers la voix feutrĂ©e de l’apaisement. Dans le mĂȘme groupe on rencontre: Gonzalve DĂ©saulniers (Les Bois qui chantent ), un humaniste serein, une sensibilitĂ© lamartinienne; Jean Charbonneau (Les Blessures , Sur la borne pensive ) qui, par le moyen d’obscurs symboles, reprend les grands mythes religieux et mĂ©taphysiques; Charles Gill, chez qui le clinquant dĂ©pare une Ɠuvre Ă©pique dont l’ambition, du reste, dĂ©passe son talent; Blanche LamontagneBeauregard, d’une inspiration exclusivement rĂ©gionaliste, Englebert GallĂšze (La Claire Fontaine ), dont le rythme enjouĂ© s’associe Ă  une Ă©motion discrĂšte; Lucien Rainier (Avec ma vie ), poĂšte du recueillement et de la mĂ©ditation mystique; Albert Ferland enfin.

Paul Morin (1889-1963) s’affirme le poĂšte exotique par excellence. Dans Le Paon d’émail et PoĂšmes de cendre et d’or , il traduit l’éblouissement d’un jeune homme raffinĂ©, livrĂ© aux multiples ivresses des dĂ©paysements, amoureux des rythmes et des formes, Ă©pris du chatoiement des syllabes, jouant d’une rare virtuositĂ© verbale. Également maĂźtre du rythme mais plus sincĂšre, RenĂ© Chopin (1885-1953) ne s’éloigne pas de son pays, et son exotisme sera d’ordre moral. PoĂšte de la nature (Le CƓur en exil , Dominantes ), il l’interprĂšte plus qu’il ne la dĂ©crit; son talent se fonde sur une sensibilitĂ© intense, mal adaptĂ©e au quotidien. Robert Choquette, nĂ© en 1905, a sĂ©duit ses contemporains par le romantisme juvĂ©nile d’À travers les vents ; par la suite, les vers nobles et un peu froids de Suite marine ont paru correspondre Ă  un exercice, grandiose certes, mais dĂ©nuĂ© de nĂ©cessitĂ© profonde. Alfred Desrochers (À l’ombre de l’Orford ) est un poĂšte viril, peintre rĂ©aliste de la nature, au demeurant, soucieux de la forme. Le premier tiers de notre siĂšcle compte encore: Simone Routier, Rosaire Dion-LĂ©vesque, CĂ©cile Chabot, Josette Bernier, MedjĂ© VĂ©zina.

L’époque contemporaine marque le dĂ©but d’une Ăšre nouvelle: la naissance d’une poĂ©sie authentique, oĂč il ne s’agit plus d’imiter ou de versifier, mais d’atteindre Ă  l’expression originale de sentiments et d’expĂ©riences personnels. L’Ɠuvre poĂ©tique d’Alain Grandbois (Les Îles de la nuit , Rivages de l’homme , L’Étoile pourpre ) est l’écho de son aventure humaine. Cette poĂ©sie ample et frĂ©missante exprime un rĂȘve lucide. Elle joue avec les mots comme avec des objets prĂ©cieux; mais cette danse devant l’arche dissimule mal une inquiĂ©tude jamais apaisĂ©e. Grandbois reprend les thĂšmes universels, le dĂ©sir, l’amour, la nostalgie, insistant sur le rendez-vous inĂ©vitable avec la mort. Pour Saint-Denys Garneau (1912-1943), l’art constitue une activitĂ© spirituelle, il ne le conçoit que dans un climat de puretĂ©. Regards et jeux dans l’espace laisse transparaĂźtre intacte, une Ăąme d’enfant. Il rejette les mĂštres traditionnels et recourt aux mots humbles, les disposant en un ordre imprĂ©vu qui suscite une Ă©motion Ă©trangĂšre aux engouements passagers.

AprĂšs avoir fait ses gammes (Les Songes en Ă©quilibre ), Anne HĂ©bert atteint, dans Le Tombeau des rois , Ă  une haute et exigeante poĂ©sie, dĂ©pouillĂ©e de tout Ă©lĂ©ment adventice, et formule les interrogations les plus profondes. Elle possĂšde un sens aigu de l’incommunicabilitĂ© avec autrui. Rina Lasnier (Le Chant de la montĂ©e , Escales , PrĂ©sence de l’absence , Les Gisants , L’Arbre blanc ) a progressivement rendu son inspiration plus hermĂ©tique. La femme s’enfonce dans la solitude et murmure des confidences voilĂ©es, d’une mĂ©lancolie rĂ©signĂ©e. Ses nombreux recueils frappent par la justesse de l’expression, son intransigeante sobriĂ©tĂ©, le refus de toute complaisance; ils sont le tĂ©moignage d’une expĂ©rience spirituelle poursuivie sans la moindre tricherie.

François Hertel excelle aux acrobaties de la pensĂ©e et de la phrase. Dans Mes Naufrages , il traduit son dĂ©sarroi et le tohu-bohu d’une existence tourmentĂ©e, Ă  la recherche d’un port d’attache. Parmi les principaux poĂštes contemporains, on rencontre Roger Brien, fougueux partisan de l’alexandrin, Gilles HĂ©nault, inventif et fervent, Jean-Guy Pilon, Pierre Trottier, Roland GiguĂšre, Fernand Dumont, Maurice Beaulieu, Gatien Lapointe, Paul-Marie Lapointe, Fernand Ouellette, Luc Perrier...

Le roman

Le roman fait son entrĂ©e dans la littĂ©rature canadienne avec l’Ɠuvre d’un vieillard cultivĂ©, Philippe Aubert de GaspĂ© (Les Anciens Canadiens ): il se penche sur le passĂ© franco-canadien. Antoine GĂ©rin-Lajoie (Jean Rivard ), journaliste-juriste, Ă©galement Ă©pris du passĂ© national, se fait l’avocat de la colonisation et du retour Ă  la terre. CĂ©libataire sensible et mĂ©lancolique, Laure Conan (AngĂ©line de Montbrun ) est la premiĂšre Ă  tenter de dĂ©mĂȘler, bien que naĂŻvement, l’écheveau des problĂšmes psychologiques.

Pendant le premier tiers du XXe siĂšcle, les Ă©crivains canadiens-français ne possĂšdent pas un mĂ©tier assez solide pour s’attaquer Ă  la tĂąche de construction concertĂ©e qu’exige le roman. Ils se bornent Ă  raconter de petites histoires sans consĂ©quence; la puissance crĂ©atrice leur fait dĂ©faut pour camper des personnages vivants engagĂ©s dans des situations concrĂštes. Ils souffrent Ă©galement de timiditĂ©. Souvent dĂ©couragĂ©s d’avance par la comparaison avec les Ɠuvres françaises, ils ne paraissent pas convaincus que des ĂȘtres de chair et de sang soient susceptibles, au QuĂ©bec aussi bien qu’ailleurs, de retenir l’attention du lecteur. Ces rares romanciers hĂ©sitent Ă  aborder l’univers complexe des agglomĂ©rations urbaines et se rabattent, non sans une arriĂšre-pensĂ©e d’édification, sur les milieux ruraux toujours artificiellement idĂ©alisĂ©s. D’oĂč de nombreuses Ɠuvres qui se rĂ©pĂštent les unes les autres, assurant la survie de lĂ©gendes dĂ©jĂ  fort Ă©loignĂ©es de la rĂ©alitĂ©. C’est notamment le cas d’Adjutor Rivard (Chez nous, Chez nos gens ) et de Marie Victorin (RĂ©cits laurentiens , Croquis laurentiens ).

LĂ©o-Paul Desrosiers (1896-1967) emprunte Ă  l’histoire un cadre, des personnages, des situations, il imagine une intrigue fictive dans un dĂ©cor vrai. C’est le cas de Nord-Sud , des EngagĂ©s du grand portage , oĂč revivent les voyageurs des pays d’en haut, des OpiniĂątres . Sa rĂ©ussite la plus Ă©clatante, dans une veine spiritualiste, demeure L’Ampoule d’or , poĂšme en prose. Robert de Roquebrune (1889-1978), cultive, lui aussi, l’évocation historique, comme le manifestent Les Habits rouges , qui se rapportent Ă  la rĂ©bellion de 1837, La Seigneuresse et surtout Testament de mon enfance , tĂ©moignage attachant sur un type de civilisation locale disparue au dĂ©but de ce siĂšcle. Plus affranchi des conventions et des prĂ©jugĂ©s, Jean-Charles Harvey (1891-1967) vise Ă  combattre le conformisme et la mĂ©diocritĂ© par la satire, le fantastique ou le pamphlet (Les Demi-CivilisĂ©s , Les Paradis de sable ). Claude-Henri Grignon (1894-1976) est l’homme d’un seul roman, Un homme et son pĂ©chĂ© , peinture Ăąpre de l’avarice paysanne; il a crĂ©Ă© un type, SĂ©raphin Poudrier, devenu l’Harpagon ou le pĂšre Grandet du pays laurentien. Avant tout poĂšte et critique, Louis Dantin (1865-1945) a laissĂ© un roman posthume et Ă  demi autobiographique, Les Enfances de Fanny , un ouvrage plein d’une douloureuse prĂ©sence humaine. Mentionnons Ă©galement Harry Bernard (Les jours sont longs ) et Rex Desmarchais (La Chesnaie ).

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que s’opĂšre un puissant renouveau romanesque. Toutefois, quelques annĂ©es plus tĂŽt, Philippe Panneton (1895-1960) s’était imposĂ© par un rĂ©alisme lucide; dans Trente Arpents et Le Poids du jour , l’auteur ignore ses Ă©tats d’ñme, et son intelligence du cƓur humain anime une Ɠuvre attentive aux problĂšmes sociaux; il est plus architecte que musicien. Bien diffĂ©rent s’affirme FĂ©lix-Antoine Savard (1895-1982), un maĂźtre de l’incantation verbale; Menaud, maĂźtre draveur et surtout La Minuit sont pleins d’un lyrisme cosmique; dans un climat d’exaltation intense, ses personnages reprĂ©sentent plutĂŽt des allĂ©gories, des types que des individus concrets.

Germaine GuĂšvremont (1900-1968) a portĂ© le roman paysan Ă  un rare degrĂ© d’excellence; Le Survenant et Marie-Didace demeurent des rĂ©ussites exceptionnelles. L’auteur possĂšde un sens aigu de l’observation; elle regarde ses personnages colorĂ©s et truculents d’un Ɠil prĂ©cis et d’un cƓur indulgent, non sans une malice amusĂ©e. Avec Bonheur d’occasion , Gabrielle Roy (1909-1983) a banni toute prĂ©occupation Ă©difiante; le rĂ©cit se rapproche parfois du document, mais Ă©vite la sĂ©cheresse, grĂące Ă  la tendresse dont l’auteur ne cesse d’entourer ses crĂ©atures. La petite Poule d’eau , Ă©clairĂ©e d’un humour discret, souligne le monotone Ă©coulement des ans, accordĂ© au rythme des saisons et des Ă©vĂ©nements familiers. On retrouve les mĂȘmes qualitĂ©s d’émotion intime dans Rue Deschambault , avec une pointe de dĂ©tresse pitoyable dans Alexandre ChĂȘnevert . Romancier populiste, Roger Lemelin, nĂ© en 1919, est un conteur joyeux et inventif plus qu’un styliste raffinĂ©. Au pied de la pente douce et La Famille Plouffe bouillonnent de vitalitĂ©, les cocasseries et les incongruitĂ©s de l’existence quotidienne s’y dĂ©roulent Ă  une allure endiablĂ©e. En revanche, plus ambitieux, Pierre le Magnifique est alourdi d’une idĂ©ologie peu convaincante.

Robert Charbonneau (1911-1967) a ouvert la voie au roman d’analyse psychologique. Dans Ils possĂ©deront la terre et Fontile , Les DĂ©sirs et les jours et Aucune CrĂ©ature , les mĂȘmes personnages se retrouvent, intensifiant l’unitĂ© d’atmosphĂšre. C’est le procĂšs de l’homme moderne, souvent mystĂ©rieux Ă  soi-mĂȘme, qui s’instruit devant nous, et cet homme demeure la proie d’une inquiĂ©tude spirituelle qui inspire toutes ses dĂ©marches. C’est cette tension permanente qui entretient un climat dramatique exceptionnel. Dans une veine trĂšs voisine, occupent une place importante AndrĂ© Giroux (Au-delĂ  des visages , Le gouffre a toujours soif ) et Robert Elie (La Fin des songes , Il suffit d’un jour ), deux romanciers qui scrutent avec perspicacitĂ© les replis les plus secrets de l’ñme humaine. MĂȘme pĂ©nĂ©tration psychologique chez AndrĂ© Langevin, nĂ© en 1927, qui garde le silence aprĂšs avoir publiĂ© trois romans remarquables: ÉvadĂ© de la nuit , PoussiĂšre sur la ville , Le Temps des hommes . Par son intensitĂ©, par sa puissance de crĂ©ation, par son acuitĂ© introspective, Langevin est le premier romancier de sa gĂ©nĂ©ration. Le plus fĂ©cond, c’est Yves ThĂ©riault (1916-1983). D’une Ɠuvre abondante, variĂ©e, inĂ©gale, on retiendra Aaron , Agaguk et Ashini , oĂč sont successivement Ă©tudiĂ©s les problĂšmes actuels des juifs, des Esquimaux et des Indiens au Canada.

Dans les Ɠuvres de Claire Martin: Avec ou sans amour , Soux-Amer , Quand j’aurai payĂ© ton visage , on perçoit une forme sĂ©duisante de sensibilitĂ© lucide. Rien ne lui est Ă©tranger des intermittences du cƓur, qu’elle transcrit avec un dĂ©tachement mĂȘlĂ© de complicitĂ©; des hommes et des femmes se cherchent, s’égarent dans les sentiers confus des amours difficiles. Dans une tonalitĂ© en grisaille, Jean Filiatrault publie des romans audacieux par leurs thĂšmes et leurs situations (Terres stĂ©riles , ChaĂźnes , Le Refuge impossible , L’argent est odeur de nuit ). Il s’attaque avec virulence aux problĂšmes sexuels et met en scĂšne des cas limites, qu’il traite dans un style frĂ©missant et dĂ©pouillĂ©.

Marie-Claire Blais (TĂȘte blanche , La Belle BĂȘte , Une saison dans la vie d’Emmanuel ) nous plonge dans un monde noir, sans espoir de rĂ©demption. Les ĂȘtres se dĂ©placent dans un univers irrĂ©el, plongĂ© dans une atmosphĂšre sulfureuse. Ce fantastique morbide atteint Ă  une poĂ©sie sauvage et dĂ©solĂ©e; dans ce climat asphyxiant, la libertĂ© cĂšde la place Ă  un fatalisme implacable. Jacques Ferron est un maĂźtre conteur qui met en scĂšne des gens simples et frustes. Avec Le Libraire , GĂ©rard Bessette a signĂ© un roman satirique d’une vĂ©ritĂ© implacable. Les lettres canadiennes peuvent beaucoup espĂ©rer de Jean Simard, ironiste racĂ© et souriant, de Jacques Godbout, Diane GiguĂšre, Paule Saint-Onge, Jean Basile, Hubert Aquin, Claude Jasmin, Gilles Marcotte, RĂ©jean Ducharme, auteur de L’AvalĂ©e des avalĂ©s , Le Nez qui voque , L’OcĂ©antume .

L’histoire

À un groupe humain abandonnĂ© de la mĂ©tropole, soumis Ă  des vainqueurs restĂ©s hostiles, Ă©prouvant le sentiment encore vague de former une entitĂ© homogĂšne, il faut un grand courage pour entreprendre le bilan lucide de ce qu’il a accompli. Peuple conquis ou cĂ©dĂ©, peuple sans histoire. BlessĂ©s dans leur fiertĂ© nationale, des historiens surgissent, dĂ©cidĂ©s Ă  relever le dĂ©fi. Ils le font avec des moyens limitĂ©s; ils n’ont accĂšs qu’à des archives incomplĂštes et mal inventoriĂ©es, il leur faut Ă©viter les interprĂ©tations hĂątives ou abusives, se garder surtout d’une conception polĂ©mique de l’histoire. Les plus anciens d’entre eux n’y parviennent pas toujours.

L’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau (1809-1866) n’est pas un pamphlet, mais un rĂ©cit fidĂšle des faits. Il parvient Ă  reconstituer le passĂ© de façon cohĂ©rente. Promis Ă  une rapide caducitĂ©, cet ouvrage se lit encore, un siĂšcle plus tard, avec intĂ©rĂȘt et profit; la science contemporaine a confirmĂ© plusieurs de ses intuitions. Nourri des classiques, Garneau Ă©crit la langue correcte de son temps, plus ferme qu’élĂ©gante, moins nerveuse que prĂ©cise.

Moins bien charpentĂ©e, l’Histoire du Canada d’Antoine Ferland (1805-1865) s’en tient au rĂ©gime français et n’esquisse aucun systĂšme philosophique ou historique. Si elle manque souvent d’attrait et de verve, elle s’impose par sa mĂ©thode scientifique, par l’exploitation d’archives inĂ©dites, par l’abondance des dĂ©tails.

Connu surtout comme animateur de la vie littĂ©raire, Henri-Raymond Casgrain (1831-1904) a publiĂ© des Biographies canadiennes , des ouvrages sur l’Acadie et des Ă©tudes consacrĂ©es Ă  Montcalm et LĂ©vis.

De l’Ɠuvre considĂ©rable de Lionel Groulx (1878-1967), il restera L’Enseignement français au Canada , lumineux exposĂ© d’une lente montĂ©e vers la culture, et, plus sĂ»rement encore, les quatre volumes de l’Histoire du Canada , synthĂšse de ses recherches oĂč l’érudition se prĂ©sente sereine et claire. Convaincu que l’histoire est maĂźtresse de vie et d’action, il s’attache Ă  dĂ©gager l’ñme canadienne-française, autonome avant la cession du pays, et devenue plus jalouse de son originalitĂ© au cours de sa rĂ©sistance opiniĂątre Ă  l’anglicisation. S’il lui arrive de porter des jugements sĂ©vĂšres sur les Anglais, il n’épargne guĂšre ses compatriotes. MĂ©thode historique d’une probitĂ© rigoureuse et puissance rayonnante d’un verbe conquĂ©rant caractĂ©risent cette grande Ɠuvre. GrĂące Ă  Groulx, la doctrine nationaliste n’est plus Ă©troit repli sur soi-mĂȘme mais expansion gĂ©nĂ©reuse aux dimensions de l’humain.

AprĂšs deux biographies, Jean Talon intendant de la Nouvelle-France et Le Marquis de Montcalm , Thomas Chapais (1859-1946) a donnĂ© son Cours d’histoire du Canada , qui s’étend de 1760 Ă  la ConfĂ©dĂ©ration de 1867. Il est portĂ© Ă  la grandiloquence et envisage les Ă©vĂ©nements dans une perspective trop officielle. Archiviste de profession, Gustave LanctĂŽt, nĂ© en 1883, a publiĂ© des ouvrages estimables: L’Administration de la NouvelleFrance , Filles de joie ou filles du roi , Faussaires et faussetĂ©s en histoire canadienne . Plus rĂ©cemment, il a fait paraĂźtre une Histoire du Canada , limitĂ©e au rĂ©gime français.

Guy FrĂ©gault (1918-1977) est un historien aussi savant qu’artiste. On lui doit des ouvrages sans doute dĂ©finitifs: Iberville le conquĂ©rant , La Civilisation de la Nouvelle-France , François Bigot , Le Grand Marquis , La Guerre de la conquĂȘte . Jean BruchĂ©si (1901-1979) s’est affirmĂ© comme un vulgarisateur Ă©lĂ©gant et concis, Robert Rumilly (1897-1983) comme un chroniqueur intarissable (Histoire de la province de QuĂ©bec , en une quarantaine de volumes), Marcel Trudel comme un Ă©rudit solide et minutieux, Michel Brunet comme un historien polĂ©miste.

Le mouvement des idées

Comme journaliste et comme sociologue, Étienne Parent (1801-1874) tente de raison garder dans le tumulte des passions et de bousculer les routines pour imaginer l’avenir. Journaliste de combat, il prĂȘche la modĂ©ration, dĂ©fend les droits imprescriptibles de ses compatriotes. Il Ă©largit peu Ă  peu son horizon et aborde les problĂšmes d’un ordre plus gĂ©nĂ©ral. Il est le premier Ă  deviner l’importance croissante des sciences sociales et Ă©conomiques.

La littĂ©rature d’idĂ©es Ă  la fin du XIXe siĂšcle est animĂ©e par des Ă©crivains conscients de leurs faiblesses et de leurs dĂ©ficiences, inquiets de voir s’étioler la langue française au Canada. Ils protestent contre les outrances, contre les anglicismes et les solĂ©cismes, les exagĂ©rations nĂ©o-romantiques devenues presque une tradition dans les lettres. Ils s’élĂšvent contre la partialitĂ© des critiques contemporains; ils sont les premiers vrais critiques littĂ©raires. Avides de puretĂ© et de vĂ©ritĂ©, ils sont aussi des chroniqueurs agrĂ©ables et ont su fixer en des tableaux attachants le charme un peu dĂ©suet d’une pĂ©riode rĂ©volue. Ce sont les Ă©crivains les plus dĂ©gagĂ©s de tout conformisme, leur verve les prĂ©serve de toute raideur solennelle. Mentionnons Arthur Buies (1840-1901), pamphlĂ©taire fiĂ©vreux, d’un entrain endiablĂ©, esprit progressiste; Faucher de Saint-Maurice (1844-1897), grand voyageur; Hector Fabre (1834-1910), critique littĂ©raire perspicace; Oscar Dunn (1845-1885), dĂ©fenseur du français et des humanitĂ©s classiques; Jules-Paul Tardivel (1851-1905), journaliste qui a l’ñme d’un apĂŽtre et professe un ultramontanisme intransigeant.

Journaliste, tribun, homme politique, Henri Bourassa (1868-1952) domine de haut un demi-siĂšcle de la vie canadienne. Par le discours et par l’éditorial, il agit avec plus de force parfois que de finesse. Sa rigueur discursive reste inĂ©galĂ©e; s’il lui arrive de s’appuyer sur des prĂ©misses discutables, le raisonnement n’offre aucune faille. Plus nuancĂ©, nature anxieuse, d’une ironie ravageuse, Jules Fournier (1884-1918) dĂ©nonce les travers de ses compatriotes et ne tolĂšre que la perfection dans tous les domaines. Ses critiques littĂ©raires sont d’une justesse fĂ©roce. Olivar Asselin (1874-1937) poursuit, dans la presse, une Ɠuvre analogue, avec une dialectique rageuse et efficace, sans oublier ses foucades et ses mots mĂ©chants.

Édouard Montpetit (1881-1954) marque une Ă©tape dans l’évolution du Canada français. Son action est fĂ©conde, dans sa discrĂšte tĂ©nacitĂ©. Ennemi du mĂ©diocre et du banal, il prĂȘche Ă  ses compatriotes le culte de la supĂ©rioritĂ©. Homme de vaste culture, il s’initie Ă  toutes les formes du savoir; Ă  l’époque de la spĂ©cialisation, il reste le type de l’humaniste. On lui doit notamment: Pour une doctrine , Les Cordons de la bourse , Sous le signe de l’or , La ConquĂȘte Ă©conomique , D’azur Ă  trois lys d’or , et surtout trois volumes de souvenirs: Vers la vie , Vous avez la parole , Aller et retour .

Le théùtre

Le thĂ©Ăątre canadien-français compte peu d’Ɠuvres pouvant prĂ©tendre Ă  quelque longĂ©vitĂ©. Parmi les auteurs dramatiques, les uns cherchent Ă  Ă©laborer un thĂ©Ăątre littĂ©raire, plus soucieux de la forme que de l’action: Paul Toupin (Brutus , Le Mensonge , Chacun son amour ), Éloi de Grandmont; les autres exploitent avec talent la veine populaire: Gratien GĂ©linas (Tit-Coq , Bousille et les justes , Hier les enfants dansaient ), le prolifique Marcel DubĂ© (Zone , Le Temps des lilas , Un simple soldat , Florence , Les Beaux Dimanches ). À mi-chemin entre ces deux pĂŽles, Françoise Loranger aborde des thĂšmes psychologiques et Jacques Ferron invente des farces fantaisistes et ironiques.

2. Littérature de langue anglaise

Écrits des explorateurs

À la fois histoire et littĂ©rature, les rapports des marins et explorateurs des XVIe et XVIIe siĂšcles constituent les premiĂšres Ɠuvres. Les impressions des narrateurs sont variĂ©es. Le Français Cartier dĂ©crit la cĂŽte du Labrador comme «la terre que Dieu donna Ă  CaĂŻn». À l’opposĂ©, on possĂšde les rapports enthousiastes, destinĂ©s aux futurs colons, tel celui oĂč Robert Haydon, en 1628, dĂ©clare les hivers de Terre-Neuve «courts, sains et constamment dĂ©gagĂ©s et non Ă©pais, malsains et “traĂźnassants” comme ils le sont en Angleterre». C’étaient de simples relations des faits, dĂ©pourvues de tout souci stylistique. Cette sobriĂ©tĂ© et ce goĂ»t du concret caractĂ©riseront longtemps les Ă©crivains canadiens de langue anglaise.

Évitant les rĂ©gions françaises le long du Saint-Laurent, les navigateurs anglais s’intĂ©ressĂšrent au nord et au nord-ouest du pays. À partir du XVIIe siĂšcle, leurs noms – Hudson, James, Baffin, Frobisher – vont illustrer toute la carte de l’Arctique canadien. Leurs journaux de bord ainsi que les journaux plus dĂ©taillĂ©s tenus au XVIIIe siĂšcle par les grands explorateurs qui parcourent les terres Ă  l’ouest de la baie d’Hudson – Hearne, Henry, Mackenzie et Thompson – constituent la seule vraie Ă©popĂ©e de la littĂ©rature canadienne-anglaise. Leurs Ă©crits donnent la premiĂšre image de l’immensitĂ© du pays, de ses indigĂšnes, de la beautĂ© grandiose et redoutable de ses sites, et des rigueurs de son climat. On y trouve dĂ©jĂ  ce que Northrop Frye a appelĂ© le thĂšme dominant de la littĂ©rature canadienne: «l’évocation d’une terreur primitive».

Littérature de la colonie et de la jeune nation

De petites communautĂ©s de pionniers, vivant closes sur elles-mĂȘmes, aux frontiĂšres d’une immensitĂ© inculte oĂč rĂ©gnait un esprit que Frye appellera la «mentalitĂ© de garnison»: telle est l’expĂ©rience des colons.

Le premier roman canadien-anglais, qui est aussi le premier roman nord-amĂ©ricain, est un roman de garnison, The History of Emily Montague , fut publiĂ© en 1769, juste aprĂšs la conquĂȘte. L’auteur, Frances Brooke, Ă©tait la femme du chapelain de la garnison de QuĂ©bec. Par une facĂ©tie du sort, la premiĂšre description proprement littĂ©raire de la vie au Canada prĂ©sente un caractĂšre mondain, et une de ses coquettes prĂ©dit au pays un piĂštre avenir artistique: «Les rigueurs du climat suspendent les pouvoirs mĂȘmes de l’entendement [...]. Le gĂ©nie ne prendra jamais grand essor oĂč les facultĂ©s de l’esprit restent transies la moitiĂ© de l’annĂ©e.»

Effectivement, Ă  part plusieurs romans historiques de valeur contestable, dont le plus connu est The Golden Dog (1877) de William Kirby, le QuĂ©bec ne devait guĂšre servir de cadre Ă  la littĂ©rature anglaise avant l’ùre moderne oĂč MontrĂ©al s’est acquis le titre de centre littĂ©raire anglais autant que français.

Pionniers du Haut-Canada

À cette Ă©poque, ce furent plutĂŽt les colonies du Haut-Canada et de la Nouvelle-Écosse qui contribuĂšrent Ă  la littĂ©rature naissante. Dans le Haut-Canada (actuellement la partie sud de l’Ontario), la premiĂšre vague d’immigrants anglais qui dĂ©ferla aprĂšs les guerres napolĂ©oniennes comprenait nombre de gens d’une certaine culture dont les efforts pour s’adapter Ă  une nouvelle et rude existence nous sont rapportĂ©s dans des Ɠuvres telles que Roughing it in the Bush (1852) de Susanna Moodie, ou le livre de sa sƓur, Catherine Parr Traill, The Backwoods of Canada (1836). Ces Ɠuvres contiennent des informations trĂšs vivantes sur les pionniers de l’Ontario, mais racontent Ă©galement l’humour, le courage, l’endurance, et parfois la dĂ©tresse intime qui composaient l’ñme secrĂšte des garnisons.

ExilĂ©s du Vieux Continent, ces Ă©migrants n’appartenaient pas encore au Nouveau, et un amalgame d’impatience et d’espoir, de dĂ©sorientation et d’orgueil anime leur Ɠuvre. Cette ambiguĂŻtĂ© caractĂ©rise souvent, encore de nos jours, les Ă©crivains immigrants.

Colons de la Nouvelle-Écosse

À l’est du pays, dans les colonies maritimes, vinrent s’établir quelque soixante-dix mille sujets demeurĂ©s fidĂšles Ă  la couronne britannique aprĂšs la rĂ©volution amĂ©ricaine.

Ce noyau de colons dĂ©jĂ  habituĂ©s Ă  la vie nord-amĂ©ricaine forme la base de la premiĂšre vraie communautĂ© britannique au Canada. Lorsque ces citoyens purent s’occuper de littĂ©rature, ils suivirent le courant nĂ©o-classique du XVIIIe siĂšcle. The Rising Village (1825) d’Oliver Goldsmith, petit-neveu du poĂšte anglais du mĂȘme nom, est un exemple de ce genre d’imitation directe. The Stepsure Letters (1821) de Thomas McCulloch est une satire, dans un style ironique qui rappelle celui de Swift. Mais Thomas Chandler Haliburton, avec la crĂ©ation de son personnage Sam Slick, un AmĂ©ricain colporteur d’horloges en Nouvelle-Écosse, fait preuve d’une rĂ©elle originalitĂ©. AprĂšs son apparition dans The Clockmaker (1836), ce rusĂ© Sam Slick devait ĂȘtre le hĂ©ros d’une demi-douzaine d’autres livres et valoir Ă  son auteur d’ĂȘtre reconnu comme le premier homme de lettres canadien de rĂ©putation internationale. La popularitĂ© de Haliburton Ă©gala, de son vivant, celle de Dickens, et on peut le comparer Ă  Mark Twain ou Ă  cet autre grand Ă©crivain humoriste canadien, Stephen Leacock.

PoÚtes de la Confédération

Les manifestations de la fiertĂ© nationale seront cristallisĂ©es, vers 1880, dans les Ɠuvres d’un groupe de poĂštes connus sous le nom de PoĂštes de la ConfĂ©dĂ©ration. Deux d’entre eux, Bliss Carman et son cousin Charles D. G. Roberts, Ă©taient originaires des provinces maritimes; deux autres, Duncan Campbell Scott et Archibald Lampman, Ă©taient fonctionnaires gouvernementaux Ă  Ottawa. Ces auteurs chantent les forĂȘts, les fleuves, les rivages ou les saisons de leur patrie; ils furent les premiers Ă  prĂȘter une voix au paysage canadien. Leur poĂ©sie est influencĂ©e par le romantisme anglais, mais se distingue pourtant de celle des lakistes par un caractĂšre nettement moins philosophique. Elle cherchait plutĂŽt Ă  exprimer, au moyen d’images et de cadences concrĂštes, l’ñme des paysages nordiques. Cette rĂ©ticence Ă  moraliser et cette fidĂ©litĂ© au fait observĂ© sont un hĂ©ritage que les poĂštes canadiens continuent Ă  exploiter.

Vers la mĂȘme Ă©poque naissait le mythe du Canada pays d’aventure, qui devait alimenter une abondante production d’Ɠuvres rentables. Beaucoup d’écrivains anglais, tels R. M. Ballantyne, G. A. Henty et Robert Service, ou amĂ©ricains, tels James Oliver Curwood et Jack London, commencĂšrent Ă  situer leurs histoires au Canada en utilisant sa rĂ©putation de «derniĂšre frontiĂšre». Plusieurs Ă©crivains canadiens exploitĂšrent la mĂȘme veine: parmi ceux-lĂ , le clergyman Ralph Connor dont les romans de «plein air» connurent un vif succĂšs. DĂšs les premiĂšres annĂ©es, on vendit prĂšs de cinq millions d’exemplaires de ses trois premiers volumes. À cette Ă©poque de succĂšs commerciaux mais de mĂ©diocritĂ© artistique, les romans de valeur sont ceux qui expriment la satire sociale. En 1904, The Imperialist de Sara Jeannette Duncan rĂ©vĂ©la un talent qui fut comparĂ© Ă  celui de Henry James. Cependant au faĂźte de sa carriĂšre, S. J. Duncan se fixa aux Indes, devenant ainsi un des premiers Ă©crivains canadiens expatriĂ©s. En 1910, Stephen Leacock publia son premier livre d’essais humoristiques, Literary Lapses , qui fut suivi d’Ɠuvres de la mĂȘme veine Ă  la cadence d’un livre par an jusqu’à la mort de l’auteur en 1944. Bien que son gĂ©nie excelle dans ces courts rĂ©cits humoristiques, l’Ɠuvre de Leacock la plus chĂšre aux Canadiens est son unique roman, Sunshine Sketches of a Little Town (1912), le portrait d’une petite ville dans l’Ontario.

Romanciers des prairies

La diffĂ©rence entre le tableau de la vie dans la brousse dĂ©crite par Susanna Moodie et celui de la petite ville ensoleillĂ©e de Leacock illustre l’extraordinaire dĂ©veloppement de l’Est canadien Ă  l’ùre victorienne. Le tournant du siĂšcle correspond aux dĂ©buts de l’ouverture massive de l’Ouest canadien et, vers 1925, toute une sĂ©rie de romans de la terre Ă©voquĂšrent ce chapitre de l’histoire du Canada. Des romans comme The Viking Heart (1923) de Laura Salverson, Wild Geese (1925) de Martha Ostenso, Grain (1926) de Robert Stead, et surtout les essais et les romans de Frederick Philip Grove, Over Prairie Trails (1922) et Settlers of the Marsh (1925), dĂ©crivirent les espĂ©rances de divers groupes ethniques, scandinaves, islandais, anglais. Ces livres rĂ©vĂšlent un nouveau style rĂ©aliste, trĂšs diffĂ©rent de la fiction romantique qui fut exploitĂ©e avec tant de succĂšs par Mazo De La Roche Ă  partir de Jalna (1927).

Littérature contemporaine

Poésie moderne

Les premiĂšres Ɠuvres vĂ©ritablement modernes marquant la fin de l’époque pionniĂšre et rurale seront des poĂšmes et non des romans. E. J. Pratt est considĂ©rĂ© comme le premier des poĂštes modernes canadiens. Dans Newfoundland Verse (1923), on remarque dĂ©jĂ  les qualitĂ©s qui, dans les dix-huit volumes suivants, firent de Pratt le poĂšte le plus important de sa gĂ©nĂ©ration: la soliditĂ© de l’observation scientifique, un grand intĂ©rĂȘt pour les triomphes techniques de l’homme moderne, une vision cosmique de l’évolution, ainsi qu’un esprit plein de verve et d’humour. Dans ses derniĂšres Ɠuvres: The Titanic (1935), BrĂ©beuf and His Brethren (1940) et Towards the Last Spike (1952), l’histoire de la construction du chemin de fer transcontinental, Pratt narre avec talent les efforts hĂ©roĂŻques de l’homme aux prises avec le temps et l’espace dans le contexte canadien.

Mais Pratt Ă©tait un solitaire. Le premier groupe de poĂštes modernes se trouvait Ă  MontrĂ©al. F. R. Scott, A. J. M. Smith, Leo Kennedy et A. M. Klein commencĂšrent Ă  Ă©crire et Ă  publier ensemble Ă  la fin des annĂ©es vingt. Une anthologie de leurs Ɠuvres parut en 1936 sous le titre de New Provinces . Leurs poĂšmes Ă©taient modernes, autant par leur forme que par leur contenu, Ă©crits en vers libres, empruntant le rythme et le vocabulaire de la langue courante, ainsi qu’une imagerie relevant de la vie urbaine contemporaine. InfluencĂ©s par les rĂ©formes d’Eliot, de Yeats et d’Auden, ces poĂštes se servaient de toute une gamme d’élĂ©ments nouveaux puisĂ©s non seulement dans la nature mais dans les aspects politiques et sociaux de la vie moderne, ce qui donnait souvent Ă  leur poĂ©sie le ton d’une satire mordante.

Le groupe montĂ©rĂ©gien de 1920 s’était ralliĂ© Ă  la rĂ©volte poĂ©tique anglaise; les poĂštes de la gĂ©nĂ©ration suivante se tournĂšrent plutĂŽt vers les poĂštes amĂ©ricains William Carlos Williams et Ezra Pound, MontrĂ©al devenait le centre de la crĂ©ation poĂ©tique pendant et juste aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, avec de jeunes poĂštes tels que P. K. Page, Patrick Anderson, Louis Dudek et Irving Layton, qui Ă©crivaient dans une sĂ©rie de «petites revues» dont les principales Ă©taient Preview et First Statement (1942-1945), ainsi que Northern Review (1946-1956) dont le directeur dynamique Ă©tait John Sutherland.

Ces poĂšmes Ă©taient certes variĂ©s, mais reflĂ©taient pourtant une tendance commune Ă  l’engagement et au non-conformisme; ils exprimaient un intĂ©rĂȘt commun pour la ville et dĂ©voilaient les misĂšres humaines qu’elle sĂ©crĂšte. Le groupe acceptait certaines contributions de l’extĂ©rieur, telle celle de Raymond Souster, le troubadour des rues de Toronto.

Une nouvelle gĂ©nĂ©ration de poĂštes se dĂ©clare au commencement des annĂ©es soixante. Des provinces atlantiques, avec les poĂšmes engagĂ©s de Milton Acorn et Alden Nowlan, Ă  la cĂŽte pacifique oĂč le groupe Tish, menĂ© par George Bowering, inaugure un style dĂ©pouillĂ©, frondeur, personnaliste, l’activitĂ© poĂ©tique bat son plein. Le critique George Woodcock a recensĂ© plus de 1 125 recueils parus entre 1960 et 1973. Partout de nouvelles voix se font entendre, de nouvelles revues et maisons d’édition surgissent, et un sain rĂ©gionalisme vient remplacer les tendances nationalistes ou internationalistes de la premiĂšre vague de poĂ©sie moderne. À Vancouver, appuyĂ©s par les expĂ©riences constamment renouvelĂ©es de leur aĂźnĂ© Earle Birney et l’exemple de Phyllis Webb, de jeunes poĂštes tels que Bill Bisset, Nichol, Pat Lane, Lionel Kearns et Daphne Marlatt se lancent dans la poĂ©sie typographique et surrĂ©aliste. Les prairies s’expriment dans les vers de Dorothy Livesay, John Newlove, Dale Zieroth, Andrew Suknaski et Robert Kroetsch. À Toronto, centre traditionnel de culture anglo-canadienne, toute une Ă©cole se forme sous l’égide du cĂ©lĂšbre critique Northrop Frye. Parmi les plus connus on peut citer Margaret Atwood, James Reaney, Jay Macpherson et D. G. Jones. Il y fleurit Ă©galement des talents aussi divers que ceux de Margaret Avison, Michael Ondaatje, Dennis Lee, Al Purdy, Christopher Dewdney ou Gwendolyn MacEwen. MalgrĂ© la prĂ©sence du chanteur-poĂšte Leonard Cohen, du poĂšte-traducteur John Glassco et du poĂšte-Ă©diteur Louis Dudek, MontrĂ©al s’éclipse pendant un certain temps, mais semble retrouver un regain de vie avec les jeunes poĂštes du groupe VĂ©hicule vers la fin des annĂ©es quatre-vingt.

Théùtre

Le thĂ©Ăątre canadien ne compte que peu d’Ɠuvres marquantes avant 1960. On peut citer les comĂ©dies urbaines de Robertson Davies et les piĂšces poĂ©tiques de James Reaney. Plusieurs facteurs ont contribuĂ© depuis, pourtant, Ă  un essor remarquable: la fondation du Stratford Shakespearian Festival en 1953, l’appui du Conseil des arts, la construction de thĂ©Ăątres dans la plupart des grandes villes et la formation de compagnies dramatiques professionnelles Ă  travers le pays. Les jeunes dramaturges font preuve d’une conscience sociale aiguĂ«. Leurs piĂšces exposent les problĂšmes des populations indigĂšnes (George Ryga, The Ecstasy of Rita Joe , 1967); l’aliĂ©nation des immigrants terre-neuviens dĂ©placĂ©s dans la mĂ©tropole de Toronto (David French, Leaving Home , 1972); les difficultĂ©s des victimes de la paralysie cĂ©rĂ©brale (David Freeman, Creeps , 1972); l’homosexualitĂ© dans les prisons (John Herbert, Fortune and Men’s Eyes , 1967); la vie prĂ©caire des classes dĂ©pourvues Ă  MontrĂ©al (David Fennario, Balconville , 1979); ou le conflit entre gĂ©nĂ©rations Ă  propos d’une ferme dans les Prairies (Sharon Pollock, Generations , 1982). D’autres encore mettent en scĂšne des personnages lĂ©gendaires tels George F. Walker, Zastrozzi (1977), Michael Ondaatje, Billy the Kid (1973), Carol Bolt, Red Emma (1974) ou John Gray, Billy Bishop (1981).

Le roman aujourd’hui

Si quelques-unes des Ɠuvres les plus importantes de la littĂ©rature canadienne-anglaise sont de la poĂ©sie, il n’en reste pas moins que le roman reflĂšte mieux la diversitĂ© du pays. La plupart des romanciers sont d’inspiration rĂ©gionaliste, mais on compte deux exceptions. Morley Callaghan a toujours revendiquĂ© le titre d’écrivain international. Pendant ses annĂ©es de formation, vers 1929, il connut Hemingway, Fitzgerald et Joyce, expĂ©rience qu’il dĂ©crira dans son livre autobiographique, That Summer in Paris (1963). La plupart de ses romans, tels que Such Is My Beloved (1934) et More Joy in Heaven (1937), se situent pendant la dĂ©pression Ă©conomique des annĂ©es trente dans un milieu urbain et sont marquĂ©s d’un caractĂšre social et religieux. Le critique amĂ©ricain Edmund Wilson prĂ©sente Callaghan comme un gĂ©nie mĂ©connu; on dĂ©couvre en effet que ses Ɠuvres principales, The Loved and the Lost (1951) et Morley Callaghan’s Stories (1959), sont, dans la tradition rĂ©aliste universelle, des Ɠuvres de grande valeur.

L’autre Ă©crivain qui a tentĂ© de dĂ©passer le cadre rĂ©gional est Hugh MacLennan. Dans plusieurs de ses romans, il s’est efforcĂ© de dĂ©finir le caractĂšre national canadien: dans Barometer Rising (1941) par rapport Ă  l’Angleterre, dans The Precipice (1948) par rapport aux États-Unis et dans The Watch that Ends the Night (1959) par rapport Ă  l’Europe de l’aprĂšs-guerre. Two Solitudes (1945) et The Return of the Sphinx (1967) traitent de la dualitĂ© culturelle au Canada et Voices in Time (1980) prophĂ©tise sur l’avenir du pays dans un style de science-fiction.

Parmi les autres romanciers, il en est peu qui cherchent, comme MacLennan, Ă  analyser le caractĂšre national si ce n’est Hugh Hood qui dans son roman-fleuve The New Age (1975), dont huit volumes ont dĂ©jĂ  paru, fait la chronique de sa gĂ©nĂ©ration. Pour la plupart, les romanciers canadiens se contentent de dĂ©crire le caractĂšre gĂ©ographique, culturel et social de leur propre rĂ©gion. Les romans historiques de Thomas Radall, le livre vibrant et intime de Ernest Buckler, The Mountain and the Valley (1952), et le rĂ©cit sobre et rĂ©aliste de David Adams Richards, de The Coming of Winter (1974) Ă  Evening Snow Will Bring Such Peace (1990), nous font pĂ©nĂ©trer dans les provinces maritimes. Un groupe de romanciers juifs dont les plus importants sont A. M. Klein, The Second Scroll (1951), Leonard Cohen, Beautiful Losers (1966), et surtout Mordecai Richler, Son of a Smaller Hero (1955), The Apprenticeship of Duddy Kravitz (1959), St. Urbain’s Horseman (1971) et Solomon Gursky Was here (1989), ont choisi MontrĂ©al comme le centre vital de leur crĂ©ation.

Plusieurs Ă©crivains nous donnent de l’Ontario des visions saisissantes: l’un est Robertson Davies dans ses satires de la vie bourgeoise, soit dans The Salterton Trilogy (1951-1958), soit dans une Ɠuvre plus dense et plus imaginative, The Deptford Trilogy (1970-1975), soit dans The Cornish Trilogy (1981-1988); un autre est Hugh Garner dans ses contes naturalistes sur les classes pauvres de Toronto. Un troisiĂšme, Michael Ondaatje, nous donne le grand roman poĂ©tique de la ville de Toronto avec In the Skin of a Lion (1987).

Sinclair Ross dans As for Me and my House (1941) ainsi que la plus grande romanciĂšre des prairies, Margaret Laurence dans The Stone Angel (1965), A Jest of God (1966) et The Diviners (1974), Ă©voquent la monotonie, la solitude et l’hypocrisie qui rĂšgnent dans les petites villes de l’Ouest canadien. Cette mĂȘme rĂ©gion est dĂ©peinte avec plus d’humour et de poĂ©sie par W. O. Mitchell dans Who Has Seen the Wind (1947), qui raconte l’éveil au monde d’un jeune garçon vivant dans la province de Saskatchewan. Enfin les paysages montagneux de la Colombie britannique servent de cadre aux Ɠuvres du peintre Emily Carr, Klee Wyck (1941), de Ethel Wilson, dont l’esprit et la culture animent Hetty Dorval (1947) et Swamp Angel (1954), ainsi qu’au roman de Sheila Watson, The Double Hook (1959), dont l’art dĂ©pouillĂ© atteint l’universel au-delĂ  de la petite communautĂ© qu’elle dĂ©crit.

On ne doit pas sous-estimer l’apport de certains Ă©crivains immigrants Ă  la littĂ©rature canadienne-anglaise. Bon nombre de romans contemporains reflĂštent ce phĂ©nomĂšne d’une transplantation culturelle. AdĂšle Wiseman dĂ©crit les aventures d’une famille de juifs ukrainiens dans The Sacrifice (1956), John Marlyn celles d’une famille hongroise dans Under the Ribs of Death (1957); Henry Kreisel expose le sombre retour d’un Ă©migrant autrichien dans son pays d’origine dans The Rich Man (1948), et Austin C. Clarke analyse la situation Ă©quivoque d’un groupe d’immigrants de La Barbade Ă  Toronto dans The Meeting Point (1967).

Plusieurs romanciers ont fait leur marque depuis 1960. Margaret Atwood est connue aussi bien pour sa poĂ©sie et sa critique (Survival , 1972) que pour ses romans, dont les plus importants sont Surfacing (1972), The Handmaid’s Tale (1985) et Cat’s Eye (1988). Alice Munro, de Lives of Girls and Women (1971) Ă  Friend of My Youth (1989), dĂ©peint la petite ville ontarienne avec lyrisme et justesse. Mavis Gallant, qui situe la plupart de ses nouvelles en France, donne pourtant un portrait fictif de sa jeunesse Ă  MontrĂ©al dans Home Truths (1981). Robert Kroetsch crĂ©e une nouvelle mythologie comique dans Badlands (1975), Alibi (1983) et The Studhorse Man (1968), tandis que Rudy Wiebe explore l’histoire de ses ancĂȘtres mennonites dans The Blue Mountain of China (1970), du peuple amĂ©rindien dans The Temptations of Big Bear (1973) et du Nord canadien dans The Mad Trapper (1980). Jack Hodgins cĂ©lĂšbre l’üle de Vancouver dans The Invention of the World (1977) et Timothy Findley Ă©voque brillamment les deux guerres mondiales dans The Wars (1977) et Famous Last Words (1981).

Depuis 1970, les meilleurs auteurs francophones du QuĂ©bec sont rĂ©guliĂšrement traduits, et Marie-Claire Blais, Roch Carrier, Gabrielle Roy et Michel Tremblay sont aussi connus en anglais qu’en français. Plusieurs immigrants rĂ©cents – Leon Rooke et Audrey Thomas des États-Unis, Joseph Skvorecky de TchĂ©coslovaquie – enrichissent Ă©galement le patrimoine littĂ©raire, et on compte comme faisant partie de la littĂ©rature canadienne l’importante contribution de certains rĂ©sidents temporaires, tels John Buchan, Wyndham Lewis, Malcolm Lowry (Under the Volcano , 1947), Brian Moore (The Luck of Ginger Coffey , 1960, et Black Robe , 1985).

3. La musique

Premiùres Ɠuvres

On aurait tort de croire que la musique au Canada n’a pris forme qu’au dĂ©but du XXe siĂšcle; son histoire est sans aucun doute la plus originale du continent nord-amĂ©ricain.

Si la mosaĂŻque ethnique a façonnĂ© les divers aspects de la conscience artistique du pays, les deux groupes prĂ©dominants, francophone et anglophone, en ont posĂ© les assises. DĂšs le XVIIe siĂšcle, une vie musicale intense s’organise en Nouvelle-France grĂące Ă  son premier Ă©vĂȘque, Mgr de Montmorency-Laval, qui suscita la crĂ©ation de la premiĂšre Ɠuvre canadienne, la Prosa Sacrae Familiae (vers 1674) de Charles Amador Marin (1648-1711).

Fait plus Ă©tonnant, les plus prestigieux artistes de l’école de Versailles sont venus sur les rives du Saint-Laurent: Henri Dumont, maĂźtre de chapelle de Louis XIV, Jean-Baptiste Morin, musicien de la maison du duc d’OrlĂ©ans, AndrĂ© Campra, de la chapelle de Versailles. Les lettres de Mme BĂ©gon, Ă©crites en 1748, nous informent sur certains aspects de la vie musicale Ă  MontrĂ©al et sur l’importance de la danse comme expression de vie. Dans la deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle, De Sales Ă©crit: «Jamais je n’ai connu nation aimant plus Ă  danser que les Canadiens, ils ont encore les contredanses françaises et les menuets qu’ils entremĂȘlent de danses anglaises.»

AprĂšs la conquĂȘte et le traitĂ© de Paris (1763), la musique connaĂźtra une nouvelle orientation, due Ă  des immigrants allemands, ukrainiens, scandinaves, hollandais.

Les Canadiens eurent le privilĂšge d’entendre des Ɠuvres de l’école de Mannheim, des quatuors de Haydn, exĂ©cutĂ©s en 1791, des pages de Mozart jouĂ©es six ans aprĂšs leur composition Ă  Vienne (le Quintette en do majeur , K. 515, et le Quintette en sol mineur , K. 516). Il importe Ă©galement de faire Ă©tat d’un canon de Beethoven dĂ©diĂ© aux QuĂ©bĂ©cois. Parmi les musiciens d’origine allemande qui devaient apporter une contribution exceptionnelle Ă  la vie musicale au Canada, notons ThĂ©odore Molt (1796-1856). Professeur et organiste Ă  la basilique de QuĂ©bec de 1840 Ă  1849, Molt Ă©crivit deux traitĂ©s, les premiers du genre en AmĂ©rique du Nord: l’un sur l’art vocal, et l’autre sur le jeu du pianoforte . Lors d’un voyage en Europe, Molt rendit visite Ă  Beethoven et le pria d’écrire une Ɠuvre pour ses Ă©tudiants. Le manuscrit de cette Ɠuvre porte le titre Freu dich des Lebens (RĂ©jouissez-vous de la vie ); c’est un canon dont on retrouve une esquisse dans le Quatuor en si bĂ©mol majeur . Le manuscrit porte la date du 16 dĂ©cembre 1825, c’est-Ă -dire le jour du cinquante-cinquiĂšme anniversaire de Beethoven.

Calixa LavallĂ©e (1842-1891), Guillaume Couture (1851-1915), Alexis Contant (1858-1918), auteur du premier oratorio canadien, Caien (1905), sont les pionniers de la vie musicale au Canada. Un nombre imposant d’immigrants anglais vinrent s’établir dans diffĂ©rentes provinces du Canada entre 1816 et 1914. Parmi eux, mentionnons Healey Willan (1880-1968). Ce maĂźtre, restĂ© profondĂ©ment attachĂ© au folklore nordique, Ă  ses vieilles lĂ©gendes, ainsi qu’à la tradition de la musique religieuse de son pays d’origine, fut un chef de file Ă  qui plus d’une gĂ©nĂ©ration de compositeurs doit sa formation musicale. Healey Willan guida presque tous les compositeurs du conservatoire de Toronto et de la FacultĂ© de musique entre 1910 et 1930. Dans la province de QuĂ©bec, Claude Champagne (1891-1965) est le plus canadien des compositeurs par son accent rythmique et le plus français par l’élĂ©gance de son style, la correction et la clartĂ© de son langage. Des Ɠuvres comme la Symphonie gaspĂ©sienne , vaste poĂšme impressionniste, Altitude , admirable fresque sonore inspirĂ©e du spectacle des montagnes Rocheuses, oĂč le musicien dispose avec art de toutes les ressources de l’orchestre, lui ont mĂ©ritĂ© une cĂ©lĂ©britĂ© mondiale.

La musique contemporaine

Québec, Montréal, Toronto, Halifax, Victoria et Vancouver ont connu une vie artistique intense durant tout le XIXe et la premiÚre moitié du XXe siÚcle.

Divers facteurs contribuent aujourd’hui au dĂ©veloppement de la culture musicale, tant sur le plan de la diffusion que sur le plan de la crĂ©ation. En premier lieu, il convient de souligner le rĂŽle exceptionnel du Conseil des arts du Canada. Il faut ajouter le mouvement des Jeunesses musicales, le Centre musical canadien et divers groupes de musique d’avant garde.

Les orchestres

La musique symphonique connaĂźt une grande faveur auprĂšs des Canadiens. En quelques annĂ©es, le nombre des concerts donnĂ©s par les deux principaux orchestres du pays est passĂ© de 48 Ă  109 pour MontrĂ©al et de 79 Ă  104 pour Toronto. Outre MontrĂ©al, QuĂ©bec, Toronto, Winnipeg, Halifax, Vancouver, plusieurs villes de moindre importance tentent de former des orchestres semi-professionnels qui, avec l’expĂ©rience, finiront par s’imposer. L’Orchestre national de la jeunesse du Canada, fondĂ© en 1960 et dirigĂ© par Walter Susskind, connut un succĂšs retentissant Ă  Berlin et dĂ©montra que ce jeune orchestre peut affronter les auditoires europĂ©ens.

Les Jeunesses musicales

Les jeunesses musicales jouent un rĂŽle trĂšs important dans l’évolution de la vie artistique canadienne. Alors qu’en 1957-1958, il y avait 51 centres J.M.C., dont 41 dans le QuĂ©bec, on en compte aujourd’hui 165 dont 47 hors du QuĂ©bec, rĂ©partis Ă  travers le Canada. Le nombre des membres est Ă©valuĂ© Ă  90 000 environ. C’est grĂące Ă  cette remarquable institution subventionnĂ©e par le gouvernement de QuĂ©bec et par le Conseil des arts que la jeunesse reçoit une formation musicale. Ce mouvement peut s’honorer d’avoir lancĂ© sur la scĂšne internationale des artistes aujourd’hui aussi cĂ©lĂšbres qu’une Maurreen Forrester.

Lors de l’Exposition de 1967, les Jeunesses musicales furent chargĂ©es de la conception et de la rĂ©alisation du pavillon «l’Homme et la Musique». Son originalitĂ© et son audace technique obtinrent un succĂšs complet. Plus de deux millions de personnes le visitĂšrent; elles purent y dĂ©couvrir la prĂ©sentation de trois siĂšcles et demi d’histoire de la musique au Canada, une synthĂšse de tous les procĂ©dĂ©s sonores actuels, des sĂ©quences audio-visuelles sur l’histoire des instruments et des genres musicaux, des cours d’interprĂ©tation et cinq mĂ©thodes actives pour l’éducation musicale des enfants.

L’opĂ©ra

Le public canadien affectionne l’art vocal et le Canada est fier, Ă  juste titre, du nombre extraordinaire de chanteurs de premiĂšre qualitĂ© et de rĂ©putation internationale qu’il a produits. Comme certains peuples nordiques, particuliĂšrement douĂ©s pour l’art vocal, le Canada s’est imposĂ© Ă  l’étranger d’abord par ses chanteurs. Les noms de Pierrette Alarie (nĂ©e en 1918et de LĂ©opold Simoneau (nĂ© en 1918) sont associĂ©s aux personnages de Mozart, celui de Teresa Stratas (nĂ©e en 1938) Ă  Lulu , celui de Joseph Rouleau au rĂŽle de Boris Godounov. Ajoutons ceux de Jon Vickers (nĂ© en 1926), Lois Marshall (nĂ©e en 1924), Louis Quilico (nĂ© en 1929), sans oublier Maureen Forrester (nĂ©e en 1930), dont le sens musical et la richesse vocale exceptionnelle ont fait une incomparable interprĂšte du lied allemand.

MontrĂ©al, QuĂ©bec, Toronto, Vancouver, Stratford, Edmonton prĂ©sentent annuellement des spectacles professionnels. À Toronto, une troupe permanente, la Canadian Opera Compagny, connaĂźt un essor remarquable et prĂ©sente rĂ©guliĂšrement des spectacles de valeur. Depuis 1957, elle a jouĂ© une quarantaine d’opĂ©ras durant sa saison rĂ©guliĂšre Ă  Toronto, sans compter sept adaptations dites «de chambre», prĂ©sentĂ©es en tournĂ©e. À l’occasion du centenaire de la ConfĂ©dĂ©ration, deux Ɠuvres canadiennes furent prĂ©sentĂ©es: The Luck of Ginger Coffey , de Raymond Pannell sur un livret de Ronald Hamilton, et Louis Riel de Harry Somers sur un livret Ă©crit par Mavor Moore en collaboration avec Jacques Languirand.

Au festival international de Vancouver, qui prĂ©senta, en 1958, Don Giovanni avec une distribution canadienne remarquable, une troupe professionnelle s’est formĂ©e, la Vancouver Opera Association. Cette compagnie a prĂ©sentĂ© une vingtaine d’opĂ©ras du rĂ©pertoire traditionnel. Depuis 1966, l’Association possĂšde un atelier d’opĂ©ra que dirige Robert Keys de Covent Garden. Cet atelier a pour but principal de permettre aux jeunes qui sont sur le point de se lancer dans une carriĂšre artistique de travailler avec des maĂźtres et d’acquĂ©rir l’expĂ©rience de la scĂšne par des tournĂ©es en province. Outre ces deux compagnies, mentionnons l’Ɠuvre accomplie par l’Edmonton Opera Association depuis sa formation en 1963: la brillante sĂ©rie d’opĂ©ras de Mozart prĂ©sentĂ©s au thĂ©Ăątre Avon, de Stratford, cĂ©lĂšbre pour son festival Shakespeare, et le thĂ©Ăątre lyrique de la Nouvelle-France, Ă  QuĂ©bec, qui se spĂ©cialise dans le rĂ©pertoire français. MontrĂ©al, qui a produit tant de chanteurs cĂ©lĂšbres sur toutes les scĂšnes du monde, ne possĂšde pas Ă  l’heure actuelle une troupe propre. Paradoxalement, cette ville qui fut la capitale universelle de l’OpĂ©ra lors du festival mondial d’Expo 1967, est toujours en pourparlers pour la crĂ©ation d’une troupe permanente. Il y a dix ans environ, Pauline Donalda fonda le MontrĂ©al Opera Guild et prĂ©senta chaque annĂ©e, en plus du rĂ©pertoire traditionnel, des Ɠuvres comme Boris Godounov de Moussorgski ou Le Coq d’or de Rimski-Korsakov. Aujourd’hui, l’orchestre symphonique de MontrĂ©al prĂ©sente chaque annĂ©e deux opĂ©ras de classe internationale.

Le ballet

Il existe trois compagnies de ballets: le National Ballet of Canada, Ă  Toronto, le royal Winnipeg Ballet et les Grands Ballets canadiens. Dans un pays oĂč il faut plus de temps pour traverser l’une des dix provinces que pour franchir trois frontiĂšres europĂ©ennes, on comprendra que les arts du spectacle soient coĂ»teux. Ne lit-on pas dans le rapport du Conseil des arts de 1967 qu’«il en coĂ»te plus cher pour maintenir une ballerine sur un pied de danse qu’un soldat amĂ©ricain sur un pied de guerre»?

La premiĂšre compagnie canadienne, le Royal Winnipeg Ballet, compte Ă  son actif quatre-vingts crĂ©ations en moins de trente ans. Son rĂ©pertoire est variĂ© et comprend des Ɠuvres classiques, mais Ă©galement des Ɠuvres contemporaines. On y poursuit une recherche chorĂ©graphique assumant certains caractĂšres propres au Nouveau Monde. La crĂ©ation rĂ©cente la plus rĂ©ussie du Royal Winnipeg Ballet fut Rose Latulippe , premier ballet canadien en trois actes sur un thĂšme folklorique, prĂ©sentĂ© le 16 aoĂ»t 1967, au festival de Stratford (Ontario), en marge des fĂȘtes du centenaire de la ConfĂ©dĂ©ration. Ce ballet, inspirĂ© d’une lĂ©gende canadienne française de 1740, qu’il s’agissait de narrer dans un langage contemporain, est l’Ɠuvre du cĂ©lĂšbre chorĂ©graphe canadien, Brian McDonald, aujourd’hui directeur de ballet de l’OpĂ©ra royal de SuĂšde. La musique est de Harry Freedman de Toronto. Le Royal Winnipeg ballet fut la premiĂšre troupe canadienne Ă  prĂ©senter des tournĂ©es en Europe, en Russie, en AmĂ©rique du Sud.

Les Grands Ballets canadiens, que dirige Mme Ludmilla Chiriaeff, prĂ©sentent des Ɠuvres qui accordent une place prĂ©pondĂ©rante aux thĂšmes universels. Mais l’un de leurs buts reste de souligner les traits caractĂ©ristiques de la personnalitĂ© canadienne-française. Des ballets tels que KalĂ©idoscope , de Pierre Mercure, L’Oiseau PhƓnix , de Clermont PĂ©pin, Suite canadienne , de Michel Perrault, Horoscope , de Roger Matton, furent crĂ©Ă©s sur les scĂšnes canadiennes et Ă  la tĂ©lĂ©vision. Durant le festival mondial de l’Exposition de 1967, les Grands Ballets canadiens ont rĂ©vĂ©lĂ© leur immense talent dans Giselle , sur une chorĂ©graphie nouvelle d’Anton Dolin, conseiller artistique de la troupe, et dans Carmina burana de Carl Orff, sur une chorĂ©graphie de Fernand Nault.

Le National Ballet, que dirige Celia Franca, prĂ©sente des spectacles somptueux, qui ont su impressionner certains critiques europĂ©ens, lesquels n’ont pas manquĂ© de souligner la valeur et la compĂ©tence technique de cette troupe.

Les conservatoires

Les conservatoires de la province de QuĂ©bec fonctionnent selon le modĂšle des conservatoires europĂ©ens, fait unique sur le continent nord-amĂ©ricain. Dans les autres provinces, les facultĂ©s de musique s’organisent Ă  la façon des Departments of Music des universitĂ©s amĂ©ricaines.

La composition musicale

Le Centre musical canadien vise Ă  la promotion de la musique canadienne dans le pays et Ă  l’étranger. Sa musicothĂšque contient plus de 3 500 Ɠuvres nationales.

GrĂące Ă  la Commission du centenaire, 130 Ɠuvres furent commandĂ©es durant l’annĂ©e 1967. La musique canadienne s’impose de plus en plus mondialement par l’originalitĂ© et le mĂ©tier dont elle tĂ©moigne. La diversitĂ© de ces compositions rĂ©pond au rythme et au tempo d’un pays dont l’histoire progresse par bonds.

Des Ɠuvres telles que Louis Riel de Harry Somers, le Te Deum de Roger Matton, Contrastes de Otto Joachim, Quasars de Clermont PĂ©pin, sans oublier les derniĂšres crĂ©ations de Isthvan Anhalt et de François Morel, sont autant de pages qui marquent une Ă©tape dĂ©cisive non seulement dans l’évolution de leur auteur, mais dans celle de la musique nationale.

Des studios de musique Ă©lectronique ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s Ă  l’universitĂ© de Toronto et Ă  l’universitĂ© McGill de MontrĂ©al; de jeunes chercheurs: Murray Schaeffer, Isthvan Anhalt, Otto Joachim, Gilles Tremblay ont dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© des Ɠuvres dont la qualitĂ© s’impose avec la maĂźtrise d’un nouveau langage. D’autres compositeurs d’avant-garde, tel Serge Garant, poursuivent des recherches dans le domaine «alĂ©atoire». Une nouvelle poĂ©tique de l’instant voit le jour.

4. Les arts plastiques et l’architecture

L’art du XVIIe au XIXe siùcle

Architecture

On ne peut parler vĂ©ritablement d’architecture au Canada qu’à partir de la deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIe siĂšcle. La population de la Nouvelle-France, alors essentiellement rurale, vit sur des terres seigneuriales. La maison de ferme est donc particuliĂšrement signifiante pour l’étude de cette pĂ©riode. Elle rappelle d’abord les fermes normandes ou bretonnes par ses pignons de pierre, son toit simple et son rez-de-chaussĂ©e posĂ© directement au niveau du sol. Cette structure primitive s’adapte progressivement Ă  la rigueur du climat et, dĂšs la fin du XVIIIe siĂšcle, elle se dĂ©gage entiĂšrement des modĂšles europĂ©ens. Pour Ă©viter l’enneigement, on la surĂ©lĂšve, et un escalier conduit Ă  la porte d’entrĂ©e. À cette Ă©poque, l’Église est l’institution la plus importante de la colonie. L’architecture ecclĂ©siastique, tant rurale qu’urbaine, constitue donc un Ă©lĂ©ment de premiĂšre importance.

DĂšs la fin du XVIIe siĂšcle, les Ă©glises paroissiales sont construites sur un plan type, exĂ©cutĂ© par un maĂźtre d’Ɠuvre du nom de Baillif, qui reprend la grande simplicitĂ© des Ă©glises françaises de l’époque. Les Ă©glises des paroisses de l’üle d’OrlĂ©ans, prĂšs de QuĂ©bec, reprĂ©sentent les plus beaux exemples de ce style. La dĂ©coration intĂ©rieure est presque entiĂšrement en bois sculptĂ©. Dans la ville de QuĂ©bec, la chapelle Notre-Dame (1688), situĂ©e sur la place Royale, et le grand sĂ©minaire, commencĂ© en 1677, sont les plus importants des rares bĂątiments conservĂ©s de cette Ă©poque, les autres n’étant connus que par des gravures. L’absence d’ornementation confĂšre Ă  l’ensemble une grande austĂ©ritĂ©. De l’architecture urbaine, il ne reste que peu de monuments, Ă  l’exception de quelques maisons de pierre dans les ruelles Ă©troites qui sillonnent la vieille ville de QuĂ©bec datant du XVIIe siĂšcle, entourĂ©e de remparts en 1775.

AprĂšs la conquĂȘte britannique en 1759, l’architecture se dĂ©veloppe non seulement au QuĂ©bec, mais aussi en Nouvelle-Écosse et, Ă  partir du XIXe siĂšcle, dans l’Ontario. La majoritĂ© des Ă©difices publics adopte alors le style palladien, trĂšs en vogue en Angleterre. La premiĂšre moitiĂ© du XIXe siĂšcle est Ă©galement marquĂ©e par la transposition de styles antiquisants, nĂ©o-grec et nĂ©o-romain. Les Ă©glises rĂ©alisĂ©es par Thomas BaillairgĂ© (1791-1859), dans plusieurs rĂ©gions du QuĂ©bec, comportent, dans leur dĂ©coration intĂ©rieure, des Ă©lĂ©ments nĂ©o-classiques comme les pilastres et les cĂ©notaphes. Mais c’est le nĂ©o-gothique qui triomphe pour les grands monuments. L’église Notre-Dame de MontrĂ©al, mise en chantier en 1824, est alors la plus vaste entreprise rĂ©alisĂ©e dans ce style. Puis viennent au milieu du XIXe siĂšcle plusieurs grands projets. L’universitĂ© de Toronto doit son allure pseudo-moyenĂągeuse Ă  l’architecte F. W. Cumberland (1821-1881), Ă©lĂšve de sir Charles Barry, l’auteur du Parlement de Westminster Ă  Londres. L’ensemble nĂ©o-gothique le plus important est constituĂ© par les trois bĂątiments du Parlement d’Ottawa, commencĂ©s en 1859 par Thomas Fuller (1822-1898). Par contre, le Parlement de QuĂ©bec, construit entre 1878 et 1892, tĂ©moigne de l’influence du style Second Empire, alors enseignĂ© Ă  l’École des beaux-arts de Paris oĂč se rendaient rĂ©guliĂšrement les jeunes architectes du Nouveau Monde.

Sculpture

La rĂ©volution industrielle a complĂštement supprimĂ© la tradition populaire de la sculpture sur bois qui constitue la plus importante manifestation de cet art au Canada français. C’est l’Église qui est la principale source de commandes destinĂ©es Ă  la dĂ©coration intĂ©rieure des Ă©difices religieux. Statues et statuettes reprĂ©sentant les anges et les saints sont produites par des ateliers familiaux, comme celui de NoĂ«l Levasseur (1680-1740), installĂ© Ă  QuĂ©bec, connu pour la rĂ©alisation du splendide tabernacle de l’HĂŽpital gĂ©nĂ©ral (1722), ainsi que pour la chaire et le retable de la chapelle des Ursulines. Les artistes s’inspirent gĂ©nĂ©ralement de modĂšles français de conception baroque. Le style de Levasseur incite Ă  penser qu’il aurait appris son art auprĂšs de Jacques Leblond de Latour (1670-1715), venu de France Ă  la demande de Mgr de Laval en 1690. Paul Labrosse (1697-1769) dirige un atelier semblable Ă  MontrĂ©al. Au dĂ©but du XIXe siĂšcle, le chef de file des sculpteurs montrĂ©alais, Louis QuĂ©villon (1749-1823), et son atelier entreprennent la dĂ©coration de l’église du Saut-au-RĂ©collet, et couvrent le plafond et les murs d’une profusion d’élĂ©ments dĂ©coratifs rococo en bois sculptĂ©. À QuĂ©bec, on doit Ă  l’atelier des BaillairgĂ© (fondĂ© par Jean BaillairgĂ©, 1726-1805) les meilleures rĂ©alisations de la sculpture quĂ©bĂ©coise. Cette longue tradition prend fin avec Louis Jobin (1844-1928), dont le Saint Luc et le Saint Jean rappellent les sculptures de Chartres.

Peinture

Contrairement Ă  la sculpture, la peinture française introduite en Nouvelle-France au XVIIe siĂšcle par le frĂšre Luc (1614-1685), de la congrĂ©gation des RĂ©collets, n’a pas eu de prolongement immĂ©diat. En revanche, c’est l’Angleterre qui contribue dĂšs le XVIIIe siĂšcle au dĂ©veloppement de la peinture de paysage, par l’intermĂ©diaire des artistes topographes militaires. Ce n’est qu’aprĂšs la conquĂȘte britannique, vers la fin du XVIIIe siĂšcle, que l’art du portrait prend son essor. François Malepart de Beaucourt (1740-1794) et Louis DulongprĂ© (1754-1843) en sont les principaux reprĂ©sentants. Si leur peinture religieuse manque totalement d’originalitĂ© Ă  cause de leur imitation servile de tableaux français ou tialiens importĂ©s, leurs portraits, qui nous livrent une vision Ă©lĂ©gante et raffinĂ©e des notables de l’époque par leur style empreint d’une certaine naĂŻvetĂ©, se distinguent nettement de la peinture europĂ©enne.

Durant la premiĂšre moitiĂ© du XIXe siĂšcle, les Ɠuvres exĂ©cutĂ©es par une nouvelle gĂ©nĂ©ration de peintres rĂ©sidant Ă  QuĂ©bec montrent pour la premiĂšre fois des paysages locaux et des Ă©vĂ©nements marquants de la vie courante. Joseph LĂ©garĂ© (1795-1855), trĂšs engagĂ© dans la dĂ©fense de la cause francophone, a laissĂ© des Ɠuvres saisissantes: Le CholĂ©ra Ă  QuĂ©bec (1837) ou Les RuinĂ©s aprĂšs l’incendie du faubourg Saint-Roch (1845). QuĂ©bec vu de la Pointe-Levis (1840) tĂ©moigne d’un intĂ©rĂȘt trĂšs romantique pour les grands espaces. Antoine Plamondon (1804-1895), qui avait Ă©tĂ© l’apprenti de LĂ©garĂ©, Ă©tudia ensuite plusieurs annĂ©es Ă  Paris avec GuĂ©rin, ancien Ă©lĂšve de David. De retour Ă  QuĂ©bec, il devient le peintre le plus en vue, nous laissant une imposante sĂ©rie de portraits de femmes de la haute sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise.

Les artistes qui ont marquĂ© la peinture canadienne ne sont pas toujours originaires du Canada. Ainsi, Cornelius Krieghoff (1815-1872), qui a introduit la peinture de genre, avec ses nombreuses scĂšnes d’auberge ou de ferme, Ă©tait nĂ© aux Pays-Bas et avait Ă©tudiĂ© en Allemagne. Son contemporain, l’Irlandais Paul Kane (1810-1871), aborde un sujet encore inexplorĂ© en produisant, Ă  la suite de grandes expĂ©ditions, des toiles reprĂ©sentant la vie quotidienne des Indiens des plaines de l’Ouest.

Contrairement Ă  ce qu’on pourrait croire, la proclamation de la ConfĂ©dĂ©ration en 1867 ne provoqua pas immĂ©diatement chez les peintres de sentiment d’identitĂ© nationale: ils continuent Ă  peindre pour plaire et pour s’assurer des ventes rapides auprĂšs d’un public fondamentalement conservateur. Des sociĂ©tĂ©s d’artistes se forment Ă  MontrĂ©al et Ă  Toronto, avec l’intention d’exposer en groupe et pour stimuler le marchĂ©. Afin de donner aux artistes des exigences de qualitĂ©, une AcadĂ©mie royale canadienne des beaux-arts ainsi qu’une Galerie nationale sont fondĂ©es simultanĂ©ment Ă  Ottawa en 1880. Un Salon annuel organisĂ© dans diffĂ©rentes villes du Canada contribue Ă  la diffusion de ces nouvelles exigences. À la fin du siĂšcle, on assiste Ă  un regain d’intĂ©rĂȘt pour la peinture, et tous les jeunes artistes se sentent obligĂ©s de faire des Ă©tudes Ă  Paris pour s’assurer une brillante carriĂšre.

AprĂšs 1880, deux tendances. L’une est reprĂ©sentĂ©e par Wyatt Eaton (1849-1896), Horatio Walker (1858-1938) et Homer Watson (1855-1936) qui s’inspirent de J. F. Millet et de l’école de Barbizon, dont le style se prĂȘte admirablement au rendu des sujets canadiens: paysages sombres, figures de paysans et travaux des champs. L’autre reflĂšte l’enseignement dispensĂ© Ă  l’École des beaux-arts de Paris. Robert Harris (1849-1919) frĂ©quente l’atelier de Bonnat et William Brymner (1855-1925) travaille Ă  l’AcadĂ©mie Julian. Ils importent de Paris un style analogue Ă  celui qu’on pouvait voir dans les «Salons».

L’art moderne et contemporain

Peinture

Depuis la fin du XIXe siĂšcle, la peinture a pris au Canada le pas sur les autres arts. C’est elle qui franchit, la premiĂšre, le seuil de la modernitĂ© Ă  l’aube du XXe siĂšcle. Maurice Cullen (1866-1934) frĂ©quente Pont-Aven et Giverny, et James Wilson Morrice (1865-1924) fait la connaissance de Whistler et de Matisse. Ils introduisent au Canada une peinture de plein air aux couleurs claires qui, tout en restant marquĂ©e par l’avant-garde europĂ©enne, se prĂ©sente comme une approche trĂšs personnelle de la planĂ©itĂ© du tableau. À partir de 1910, un courant nationaliste fait son apparition, et la rĂ©partition des peintres entre deux Ă©coles correspondant aux deux mĂ©tropoles, MontrĂ©al et Toronto, s’affirme plus nettement. En dĂ©pit de quelques tentatives proches de l’abstraction, dont la plus Ă©tonnante reste celle de Bertram Brooker (1888-1955) – vivant isolĂ© Ă  Winnipeg dans les annĂ©es 1920 il connaissait les Ă©crits thĂ©oriques de Kandinsky –, la peinture demeure figurative et rĂ©gionaliste jusque dans les annĂ©es 1940. Cette lenteur Ă  tenir compte des recherches de la peinture europĂ©enne s’explique par le relatif isolement de l’ensemble du pays et par la prioritĂ© accordĂ©e par le mĂ©cĂ©nat Ă  l’essor Ă©conomique. La mise en place de structures devant assurer au pays une certaine indĂ©pendance face aux États-Unis requiert un effort qui ne laisse pas de loisir pour s’initier Ă  des formes d’art qui semblent alors fort gratuites. La recherche d’une identitĂ© nationale est d’ailleurs au centre des dĂ©bats artistiques et politiques.

À Toronto, sept peintres s’associent afin de dĂ©fendre un nouveau type de peinture plus reprĂ©sentatif d’un pays nordique. Fort impressionnĂ© par une exposition d’art scandinave, Tom Thomson (1877-1917) et le groupe des Sept tentent d’exprimer le caractĂšre propre de leur pays, en choisissant des sujets tirĂ©s de la forĂȘt du nord de l’Ontario. Leur style expressionniste traduit la violence des Ă©lĂ©ments naturels et l’immense solitude des forĂȘts. L’un d’entre eux, Lawren Harris (1885-1970), se rend mĂȘme Ă  la terre de Baffin et produit des tableaux de glaciers d’une monumentalitĂ© saisissante, exprimant parfaitement le silence absolu de ces rĂ©gions lointaines.

Au contraire, les peintres de MontrĂ©al s’attardent plutĂŽt Ă  dĂ©crire le paysage urbain: Marc-AurĂšle Fortin (1888-1970) et surtout Adrien HĂ©bert (1890-1967), qui reprĂ©sentent par des couleurs vives des rues ou des gros plans du port de MontrĂ©al. Il faut replacer cette peinture dans le contexte extrĂȘmement conservateur des annĂ©es 1930. Pour sortir le QuĂ©bec de son isolement et introduire dans la pratique picturale les principales innovations de la peinture parisienne, il fallait secouer un triple conservatisme: religieux, politique et esthĂ©tique.

John Lyman (1886-1967) y contribue trĂšs activement, tant par sa peinture que par sa critique d’art dans le quotidien The Montrealer entre 1936 et 1940. Il fonde en 1939 la premiĂšre SociĂ©tĂ© d’art contemporain, qui a pour but la diffusion de l’art d’avant-garde. Cet Ă©vĂ©nement est suivi en 1940 par le retour au Canada d’Alfred Pellan (1906-1988) aprĂšs un sĂ©jour de quatorze ans Ă  Paris. Sa peinture, bien que tĂ©moignant d’éclectisme, est alors perçue comme la source d’un renouveau sans prĂ©cĂ©dent. On y retrouve des rĂ©fĂ©rences Ă  Braque, Ă  Matisse, Ă  Picasso et aux surrĂ©alistes, pour la plupart inconnus des milieux quĂ©bĂ©cois. La controverse suscitĂ©e par sa peinture aboutit en 1945 Ă  la dĂ©mission du directeur de l’École des beaux-arts, alors trĂšs opposĂ© aux tendances modernes. Cette victoire opĂšre une premiĂšre brĂšche dans le conservatisme dominant. L’étape suivante est la publication, le 9 aoĂ»t 1948, du manifeste incendiaire de Paul-Émile Borduas (19051960), Refus global . Professeur Ă  l’École du meuble, il avait rĂ©uni autour de lui des jeunes, soucieux de libĂ©rer la peinture de son carcan traditionnel en utilisant les techniques automatistes proposĂ©es par AndrĂ© Breton. À cause de ses attaques contre l’Église, qui rĂšgne en maĂźtre incontestĂ© sur le ministĂšre de l’Éducation, et contre le gouvernement conservateur de Maurice Duplessis, il est dĂ©mis de ses fonctions d’enseignant. Sa notoriĂ©tĂ© n’en est que plus grande. À cette Ă©poque, sa peinture d’inspiration surrĂ©alisante, mi-figurative mi-abstraite, se prĂ©sente comme un agencement libre de formes qui flottent sur le fond de la toile. Progressivement, ces formes Ă©clatent, et l’organisation des taches de couleur devient son principal moyen d’expression. En 1953, il dĂ©cide de s’installer Ă  New York, oĂč il dĂ©couvre une peinture amĂ©ricaine encore plus radicale que la sienne. C’est en effet la grande pĂ©riode de Pollock, Kline et Motherwell. Borduas rĂ©duit sa palette et dĂ©cide en 1955 de poursuivre Ă  Paris la voie entrevue Ă  New York. L’Étoile noire , de 1957, reprĂ©sente bien l’état de ses derniĂšres recherches picturales. Sur une couche blanche trĂšs empĂątĂ©e, il organise un rĂ©seau de taches noires, ou d’un brun trĂšs foncĂ©, de maniĂšre Ă  crĂ©er entre elles une tension visuelle. Mais c’est plutĂŽt sa peinture automatiste des annĂ©es 1940 qui a influencĂ© la gĂ©nĂ©ration suivante.

À partir des annĂ©es 1950, la peinture quĂ©bĂ©coise s’engage rĂ©solument sur la voie de l’abstraction. Deux dĂ©cennies verront se succĂ©der une suite d’expĂ©riences qui donnent Ă  l’art canadien une place internationale, par l’exploration de voies nouvelles situĂ©es entre celles des deux grandes Écoles, Paris et New York. Jean-Paul Riopelle (nĂ© en 1923) exploite le grand format et la structure all-over de la peinture amĂ©ricaine, en produisant des surfaces oĂč la couleur devient le seul sujet de la peinture. Jean McEwen (nĂ© en 1923) se dĂ©gage quant Ă  lui de l’automatisme et dĂ©veloppe en sĂ©rie des tableaux dans lesquels une multitude de couches de couleurs chatoyantes sont rythmĂ©es par des verticales. Un jeu subtil entre transparence et opacitĂ© constitue l’essentiel de son propos. Un autre courant se dessine afin de proposer une alternative au tachisme. Les nĂ©o-plasticiens, regroupĂ©s autour de Guido Molinari (nĂ© en 1933), reprennent les Ă©crits thĂ©oriques de Mondrian et s’orientent vers la production de toiles plus rigoureuses, dans l’esprit de la peinture hard-edge amĂ©ricaine, qui privilĂ©gie une sĂ©paration nette de bandes de couleurs pures. À Toronto, pour arriver Ă  Ă©branler la tradition du paysage implantĂ©e par le groupe des Sept, un autre groupe, trĂšs actif Ă  la fin des annĂ©es 1950 sous le nom de Painters II, cherche Ă  imposer une peinture entiĂšrement soumise Ă  la planĂ©itĂ© de son support, correspondant Ă  celle que dĂ©fend Ă  New York le critique formaliste Clement Greenberg. L’Ɠuvre du peintre Jack Bush (1909-1977) est la plus reprĂ©sentative de cette tendance.

Depuis la fin des annĂ©es 1970, la peinture est fortement contestĂ©e par d’autres formes d’art post-moderne, telles que la vidĂ©o, la performance, l’art conceptuel et les installations. Elle n’a pas pour autant cĂ©dĂ© la place, et la production des annĂ©es 1980 tĂ©moigne de sa vitalitĂ©. AprĂšs vingt ans d’abstraction formelle, on assiste dĂ©sormais Ă  un retour, sous une forme ou l’autre, de la figuration. Il est encore trop tĂŽt pour savoir quels artistes l’histoire retiendra. Une Ɠuvre s’impose pourtant par la force de ses images troublantes. Betty Goodwin (nĂ©e en 1923), venue tardivement Ă  la pratique artistique, se distingue trĂšs nettement par la qualitĂ© de son dessin et par le caractĂšre aigu de son propos. Les grandes figures calcinĂ©es de Carbon (1986) parlent autant de la peinture que de la difficultĂ© de communiquer avec autrui. La rĂ©flexion sur la condition humaine et la qualitĂ© de la traduction picturale qu’elle poursuit en font l’artiste la plus remarquĂ©e de cette dĂ©cennie.

Sculpture

Il faut attendre les annĂ©es 1960 pour voir apparaĂźtre au Canada une sculpture originale et de qualitĂ©. Avant cette date, les artistes ne semblent tĂ©moigner aucun intĂ©rĂȘt pour cette forme d’art. Aucune Ă©cole ne s’est imposĂ©e, et mĂȘme la sculpture traditionnelle est presque inexistante. L’entreprise de revalorisation de la sculpture a d’ailleurs dĂ» faire l’objet d’un soutien officiel: l’État passe des commandes pour ses Ă©difices publics, et la Galerie nationale organise des expositions et dĂ©cerne des prix depuis 1962.

Les premiers Ă  relever le dĂ©fi sont des peintres comme Henry Saxe (nĂ© en 1937) et Ulysse Comtois (nĂ© en 1931) qui dĂ©cident d’orienter leur dĂ©marche vers la sculpture. L’ensemble de la production comporte deux traits distinctifs: la figure humaine en est Ă  peu prĂšs absente – sauf dans l’Ɠuvre de Mark Prent (nĂ© en 1947) –, et les constructions en trois dimensions utilisent les matĂ©riaux les plus divers (fer, aluminium, fibre de verre, Plexiglas ou tout simplement objets trouvĂ©s). Robert Hendrick (nĂ© en 1930) et Sorel Etrog (nĂ© en 1933) sont les principaux reprĂ©sentants de l’utilisation du bronze dans la production de formes Ă  forte connotation organique. Mais l’Ɠuvre la plus marquante de cette gĂ©nĂ©ration est celle de Robert Murray (nĂ© en 1936), qui compose des formes abstraites en agençant de grandes plaques de fer incurvĂ©es et planes, peintes en rouge ou en bleu.

Le chemin parcouru par la sculpture en deux dĂ©cennies est spectaculaire. Les artistes sont rapidement promus au premier rang et s’insĂšrent dans les grands courants internationaux. Les frĂšres jumeaux David et Royden Rabinowitch (nĂ©s en 1943), de London (Ontario), ainsi que les MontrĂ©alais Roland Poulain (nĂ© en 1940) et Claude Mongrain (nĂ© en 1948) Ɠuvrent dans l’esprit de l’art conceptuel en assemblant des Ă©lĂ©ments formels sur le sol. Les piĂšces en acier ou en bĂ©ton fabriquĂ©es par l’artiste associent les formes plus gratuites de la sculpture aux matĂ©riaux propres Ă  l’architecture, matĂ©riaux gĂ©nĂ©ralement manufacturĂ©s en usine. Plus rĂ©cemment, l’Ɠuvre de Michel Goulet (nĂ© en 1944), reprĂ©sentant le Canada Ă  la 43e biennale de Venise, dĂ©laisse cette approche formelle de la sculpture pour passer Ă  une forme d’expression oĂč le travail sur l’acier se combine avec des objets: lits, tables, chaises, boĂźtes, etc., pour les dĂ©tourner de leur rĂ©fĂ©rent premier. En modifiant la position normale de ces objets (par exemple un lit dressĂ© contre le mur), il insiste non seulement sur leur structure, mais sur la possibilitĂ© qu’ils ont d’évoquer autre chose.

Architecture

Le dĂ©veloppement de l’architecture moderne se fait trĂšs lentement et rencontre une opposition farouche de la part des dĂ©fenseurs des diffĂ©rents styles «nĂ©o». Durant les annĂ©es 1920 et 1930 surgissent des Ă©difices de bureaux qui rappellent ceux de New York ou de Chicago. Mais il faut attendre la fin des annĂ©es 1950 pour que se traduisent ici les caractĂšres du style international dont le dĂ©pouillement et la sĂ©vĂ©ritĂ© Ă©taient l’objet d’une forte rĂ©sistance. L’influence de Mies van der Rohe est parfaitement assimilĂ©e par John B. Parkin, de Toronto, qui contribue largement Ă  donner Ă  cette ville son apparence actuelle.

L’architecture post-moderne possĂšde Ă©galement son monument avec l’imposant musĂ©e des Beaux-Arts du Canada Ă  Ottawa, qui surplombe la riviĂšre des Outaouais. Conçu par Moshe Safdie, il a Ă©tĂ© inaugurĂ© en 1988. Ce musĂ©e, dont le grand hall offre aux visiteurs grĂące Ă  ses verriĂšres des aperçus sur les deux monuments nĂ©o-gothiques qui lui servent de rĂ©fĂ©rent, la cathĂ©drale (1846) et les bĂątiments du Parlement (1876), permet d’exposer adĂ©quatement les collections de peinture et de sculpture europĂ©ennes de l’ancienne Galerie nationale. De nombreuses salles sont consacrĂ©es Ă  la prĂ©sentation de l’art contemporain international. Et l’on y trouve Ă©galement une collection trĂšs complĂšte de la peinture canadienne.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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